On naît seul, et seul l’on s’en va. Entre ces deux rives, pourtant, que de récits, d’aventures et d’éclats de bonheur, que de nuits aussi. Le violon seul en est le miroir : s’exposer sans filet, dire les choses à sa manière, vivre l’instant dans ce qu’il a de plus fragile. Je suis venue en France seule, mon violon pour tout bagage. Au fil des années, la musique ancienne est devenue bien plus qu’un univers musical à découvrir : un espace de liberté où chercher ma propre voix, où apprendre à écouter autrement et à laisser parler ce qui m’habite. Aujourd’hui, à travers ces œuvres de Bach, j’aimerais partager un peu de ce chemin, avec ses joies, ses doutes et ses ombres. Composées vers 1720, alors que Bach travaille à la cour de Köthen, ces deux œuvres appartiennent au recueil des Sonates et Partitas pour violon seul, l’un des sommets du répertoire. Je les ai réunies pour leur contraste : la danse et l’architecture, le mineur et le majeur, deux manières de dire la vie. La Partita en ré mineur déroule une suite de danses — Allemande, Courante, Sarabande et Gigue — où l’élan se teinte déjà d’ombre. Elle s’achève sur la Chaconne, vaste méditation en variations, parfois entendue comme un tombeau musical dédié à la première épouse du compositeur. Après la vie qui danse, le recueillement. Puis vient la Sonate en do majeur, cathédrale sonore où un seul violon fait chanter plusieurs voix. Sa grande Fugue, dont le thème est traditionnellement rapproché du choral luthérien Komm, Heiliger Geist, Herre Gott, résonnera tout particulièrement entre ces murs. La lumière du majeur referme le voyage, comme une promesse : la vie continue, et elle est belle.